[FRA] Mode Solo activé
Épisode 8: Récit d'une course en solitaire pour se qualifier à la Route Du Rhum!
Si tu connais le projet, tu peux sauter au paragraphe suivant. Sinon, je te propose de commencer par ici et de retrouver les épisodes 1-7 sur mon profile ICI.
👉🏽 Je suis Djemila Tassin, navigatrice pro passionnée des océans. Je suis skipper du bateau de course Magenta, un bateau de 12 m conçu pour naviguer en solitaire à travers les océans, le Class40 153.
Actuellement, je me prépare pour partir faire le tour du monde en solitaire et en course en 2027 (comme le Vendée Globe, mais pour les petits budgets 😉), sur la Global Solo Challenge
Cette année, je serai la première femme belge de l’histoire à prendre le départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, la mythique course transatlantique en solitaire à la voile. Je vous raconte mes aventures pour arriver à participer à ces courses de folie : aventures et performances arrosées d’une bonne dose d’émotions. Bonne lecture !
Coup d’envoi de la saison
Avril est encore passé comme une étoile filante, à toute allure.
Aujourd’hui, je vais partager avec vous 5 jours de régate en solitaire, sur la course LaTrin40. Si vous me connaissez, vous savez que cela fait plus de 6 ans que je pratique ce sport : la voile en solitaire. Et pourtant, chaque départ en course en solo me serre le ventre et me mets des étoiles dans les yeux.
J’ai un sentiment qui m’accompagne année après année: celui de savoir que très probablement il va m’arriver plein de choses inattendues, mais que, toujours, d’une façon ou d’une autre, je rentrerai au ponton le sourire aux lèvres.
La Trinité-sur-Mer, avril 2026.
Avec Irina, la boat-captain du bateau, on a bossé comme des folles (surtout elle, je ne la remercierai jamais assez) pour que le bateau soit prêt à faire un belle course en solitaire. Un nouveau set de voiles à mettre en place, une électronique à vérifier, tout le matériel de sécurité nécessaire, plusieurs pièces d’accastillage à changer, en somme une belle job liste.
Sur le Class40, j’avais au compteur en tout et pour tout 6 jours de solitaire en 2025 et 48 heures début avril, qui malheureusement se sont finis sur une casse technique qui m’a obligée à rentrer au port en mode dégradé. Donc autant vous dire que cela faisait longtemps que j’étais rouillée pour le solitaire! 😬
Rouillée et surtout stressée. J’ai beau faire ce job depuis des années, j’ai toujours un peu de panique scénique avant les départs !
3,2,1 Bon départ!
🌞Et puis le matin du départ arrive, le soleil brille sous le ciel de la Trinité-sur-Mer. 30 bateaux sont prêts à partir, et parmi eux, le mien est plus ancien, le seul de la catégorie « vintage », ces bateaux au nez « pointu » comme on les a faits pendant des centaines d’années. Depuis peu, les bateaux de course ont considérablement augmenté leur puissance grâce à une forme ronde, appelée « scow », à l’étrave (l’avant du bateau). Mon petit Magenta date de 2018, quand les bateaux étaient encore construits avec des formes pointues, ce qui me rend difficilement performante au sein d’une flotte entièrement neuve.
🧘🏼♀️L’avantage de cette situation pour moi, c’est que je me suis sentie complètement libre de pression. Je partais le cœur léger, avec comme seul objectif finir le parcours fortement réduit de 700 miles à cause d’une météo très douce, pour valider les milles de qualification à la Route du Rhum.🎯
Je prends un départ pas trop mauvais, mais je mets quelques secondes de trop à dérouler mon gennaker, la voile pour le tout petit vent, donc je perds assez vite du terrain. Super concentrée, j’essaye de me faufiler dans les risées et les petites zones de brises.
🌶️ Mais comme pour pimenter le jeu, au bout de moins d’une heure de course, pendant une manipulation sur mon moteur, l’écran de mon ordinateur se fracasse sur le sol et rend l’âme, KAPUT. Plus d’écran, plus d’ordi, plus d’internet, plus d’accès à la météo ou à mon système d’étude des courants et routages du bateau. 🙅🏼♀️
Je me sens vraiment bête, mais faire demi-tour pour fixer le problème me mettrais hors jeu complet de la course.
Pendant de longues minutes, j’essaye tout ce que je peux : changer l’alimentation, éteindre et rallumer 40 fois, une petite prière à l’univers, mais rien, l’écran est mort.
Je préviens Irina à terre pour qu’elle sache que je vais passer les 5 jours à venir avec seulement un peu de messagerie texte 1 fois par jour, mais que tout va bien et que j’ai bien en tête la situation météo donc je sais que je vais me débrouiller
.
🌝 La nuit arrive, une lune magnifique se lève, la mer brille et reflète en beauté la lumière argentée qui tombe du ciel.
Quelques dauphins viennent jouer dans le plancton fluorescent au large des îles des Glénans. Je suis en queue de flotte.. Mon moral ? Bon, je sais que la course est longue et que je n’ai pas les meilleures armes, avec mon bateau ancien et mon manque d’ordinateur, mais pour compenser, je me concentre et je règle toute la nuit au mieux mon bateau pour rester près des autres.
🌬️Au petit matin, on se retrouve au près dans une brume épaisse comme une purée de pois, on n’y voit rien du tout au passage de l’Occidentale, la mer est retournée par le courant très fort qui monte dans cette zone et crée un bouillonnement dans l’eau. La pression monte car je croise plein de bateaux, et je sais qu’après la bouée il faut envoyer le spinnaker (grande voile pour le vent de portant, « dans les fesses »). Objectif: « pas de couilles, pas d’embrouilles ».
15 minutes de manœuvre: petite larme de fierté car la voile est en l’air, le bateau est réglé et matossé pour le vent du moment. Et moi je peux enfin manger un petit casse-croûte, premier repas depuis le départ du ponton ! 🍝
Les prochaines heures sont un vrai régal, le bateau glisse sur une mer calme et du vent portant. Je croise Sasha plusieurs fois et on échange à la radio pour des petites nouvelles des hirondelles et petits moineaux qui se sont fait emporter par les masses d’air et viennent trouver refuge sur nos bateaux. (spoiler alerte: le moineau rendra l’âme quelque part dans le bateau pendant la course et il sera retrouvé par Irina en rangeant).
Le prochain objectif est un waypoint virtuel au nord de la côte espagnole, au bout du golfe de Gascogne. Plus d’une journée et demie s’écoulent dans ces conditions super favorables.
Heureusement j’ai de la musique, de la motivation et bon sac de vivres, car pour tuer l’ennui d’une météo clémente, quoi de mieux que d’enchaîner les empannages et les snacks?
À l’arrivée vers le nord de l’Espagne, je me rends compte que j’ai remonté plusieurs bateaux et que je suis plutôt bien placée. Mais arrivée au waypoint, comme à mon habitude, je me foire complètement, je refais un tour sur moi-même, 3 bateaux me passent par l’intérieur et je m’énerve un peu. Et la, quelques secondes plus tard : 🐋 BALEINE !!! Je vois un super grand souffle, mon œil aguerri ne doute pas une seconde, il y a une baleine devant moi. Je la vois refaire surface plusieurs fois, autour d’elle dans les vagues, plusieurs dauphins sautent au rythme de leurs respirations. Avec un enthousiasme débordant me caractérisant, j’attrape ma radio marine pour prévenir le reste des bateaux de la présence de la baleine pile sur la position du waypoint, et pour éviter qu’ils·elles ne rentrent en collision.
C’est le début d’une longue remontée au près, c’est-à-dire face au vent. Mais je suis hyper motivée, j’ai de l’énergie, alors j’attaque. Avec seulement les informations météo du jour du départ, je replace ma position et la situation actuelle sur le vent que j’ai à ce moment-là. Comme la situation semble stable, je joue avec le vent pour exploiter au mieux les oscillations. La nuit est un peu forte, ça tape un peu et la mer grossit, je prends quelques paquets d’eau sur la tronche, mais c’est un bon exercice, et ça me permet de réapprivoiser le bateau dans des conditions moins simples.
Avis d’orages
Le lendemain, on est déjà sur le dernier sprint vers l’arrivée, toujours au près, direction Belle-Île.
La seule info météo que je reçois, c’est un Bulletin météorologique spécial pour la zone côtière entre Belle-Île et Yeu (pile là où se trouve la ligne d’arrivée) avec force 7 Beaufort de 19 h locale à 1h am locale, pile à l’heure où j’estime arriver dans la baie ! Le bulletin est retransmis à la radio toutes les 30 minutes, et je ne cesse de l’entendre en boucle, répéter un vent de plus de 28 nœuds avec des orages ⛈️. Dans ma tête, j’en fais toute une histoire, je me demande à quel point cela va vraiment être fort, alors que dans l’immédiat, je suis en short t-shirt sous le grand soleil...
Mais quand arrive 19 h pile, je suis sur le point de passer la dernière marque du parcours, la tourelle des Grands Cardinaux, le ciel se couvre d’énormes nuages orageux, le vent, d’un coup, monte jusqu’à 28 nœuds, avec quelques rafales à 30... heureusement, j’ai anticipé en réduisant ma voilure à temps. Je suis bord à bord avec BLEU BLANC, j’essaye de rester devant lui, mais malheureusement, je vire trop tard et il gagne un peu plus de vitesse que mon vieux bateau dans ces conditions-là... Je termine 17ème/30, dans une baie de Quiberon ventée mais illuminée par la pleine lune déjà bien haute dans le ciel. Il est 1 h du matin, Irina saute à bord pour m’aider à affaler les voiles et rentrer au moteur dans l’étroit chenal de la Trinité-sur-Mer.
Le sourire aux lèvres
🤩 Je me sens follement heureuse, emplie de ce sentiment qui ressemble à une ivresse de bonheur, celle d’avoir encore une fois accompli une course du début à la fin, avec un beau résultat. Se surpasser, se donner encore et encore au bateau, au sport, à la course. C’est cela qui me donne un sentiment de croissance, de retranchement hors de ma zone de confort. Abattre mes barrières mentales, essayer de valider des acquis, et gagner, mile après mile, une confiance en moi et en mes capacités de navigatrice. L’objectif final reste toujours celui-là.🎯
Ces quelques semaines, je me suis beaucoup questionnée sur la raison pour laquelle je fais ce sport. Plus qu’un simple sport, c’est un métier à part entière, qui demande une infinité de qualités et de capacités, qui est ultra exigeant et compétitif, qui nous fait passer par des hauts et des bas constamment, à terre comme en mer. Une vraie montagne russe. D’où l’importance de bien savoir quel est l’objectif principal, car sinon, quand le wagon dévie, on n’est plus en capacité de le remettre sur les rails.
La Route du Rhum, c’est dans 5 mois. Mon objectif ? Y donner mon maximum, sans regrets, pour continuer d’apprendre et d’expérimenter le challenge de la navigation en solitaire.
Alors, merci de suivre de mes aventures, j’espère pouvoir continuer à vous les raconter longtemps!
La suite, bientôt.
🌊 Salutations salées,
Djemila
Race-Inspire-Protect
🔎NB: je suis encore à la recherche du partenaire titre pour ce beau projet. Alors si vous voulez contribuer, il vous suffit de me donner 1 (ou plus!) contact que vous pensez pourrait être intéressé à se lancer dans le sponsoring sportif.
Promis, c’est une aventure hors norme.🤝









